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[Bourbonnais] Vichy, la Reine des Villes d’Eaux, classée au Patrimoine Mondial de l’Unesco

Vichy est entrée en 2021 dans le club très select des sites classés au patrimoine mondial de l’Unesco. Son classement en tant que « grande ville d’eau d’Europe » parmi d’autres villes européennes lui vaut ce statut privilégié. L’Unesco a décidé d’inscrire un groupe de 11 villes thermales européennes, vestiges d’une époque fastueuse, entre siècle des Lumières et Belle Époque.

Les grandes villes d’eaux d’Europe

C’est ainsi que se nomme la candidature conjointe de 7 pays qui soumettent à l’Unesco en 2014 une liste de 16 stations thermales :
  • 6 en Allemagne (Baden-Baden, Bad Kissingen, Bad Ems, Bad Homburg vor der Höhe, Wiesbaden et Bas Pyrmont)
  • 4 en Tchéquie (Carlsbad, Marienbad, Franzensbad et Luhacovice)
  • 2 en Autriche (Baden bei Wien et Bad Ischl)
  • 1 en Belgique (Spa)
  • 1 en France (Vichy)
  • 1 en Italie (Montecatini Terme)
  • 1 en Angleterre (Bath)
De cette liste de 16 localités, seulement 11 grandes villes d'eaux d'Europe seront retenues pour l’inscription au patrimoine mondial de l’Unesco en 2021.
La plus petite des Grandes Villes d'Eaux d'Europe
Vichy est la plus petite de toutes les villes d’eaux avec ses 585 hectares. Bien loin devant elle, on trouve Bath, la plus grande d’entre elles avec plus de 7000 hectares de surface.
Le quartier thermal de Vichy est implanté dans son centre historique. Il englobe le parc des Sources et c’est à cet endroit que les établissements thermaux sont implantés ainsi que les hôtels de luxe qui accueillent les visiteurs.
Bath, Terme, Spa, Baden...
Un détail important attire l’attention dans cette liste : tous les noms de villes font référence à l’activité thermale SAUF Vichy. C’est la seule ville dont le nom ne comporte aucune mention à l’eau, une source ou un bain. Anecdote troublante.

Le thermalisme à Vichy pendant le Second Empire et la Belle Époque

L’ensemble des 11 villes d’eaux retenues par l’Unesco partage cela en commun : le rôle thérapeutique de leurs eaux, remontant pour certaines d’entre elles aux thermes romains qui connaissaient déjà ses vertus de santé. L’eau utilisée peut ainsi être administrée soit sous forme de boissons, de bains ou bien encore d’inhalations.
La fin du XIXe siècle et le début du XXe siècle ont vu émerger ces centres de soins, en marge des pratiques médicales en vogue à l’époque tels que les aériums et les préventoriums. Les villes qui ont développé ces pratiques thermales ont pu voir affluer une clientèle mondaine à la recherche d’un certain luxe (hôtels, villas, jardins...) mais également d’activités annexes (casino, théâtre, concerts, hippodrome, cafés…). C’est l’une des caractéristiques communes aux 11 villes de cette liste : un accueil luxueux, favorisant une certaine renommée internationale et développant déjà le tourisme.
L’afflux de curistes au milieu du XIXe siècle va forcer Vichy à augmenter sa capacité d’accueil faisant agrandir certains bâtiments et en construire de nouveaux. Ce soudain attrait pour le thermalisme met à mal les structures de l’époque dans une région pourtant non encore desservie par le train : il n’arrivera à Vichy qu’en 1862.
Les séjours de Napoléon III entre 1861 et 1866 vont profondément changer le visage de la ville thermale et ainsi augmenter l’afflux de touristes. Les anciens marécages sont transformés en parcs d’agrément. Le tissu urbain va s’enrichir de nouvelles villas et pavillons, destinés à loger les riches voyageurs venus du nord de l’Afrique afin de soigner leur paludisme notamment.
Population multipliée par 10 en 40 ans
Le nombre d’habitants passe de 3740 en 1861 à 14254 en 1901.
Dans les premières années du XXe siècle, on inaugure l’opéra, le hall des sources et le grand établissement thermal. Ils seront suivis par des hôtels particuliers et des palaces aux références architecturales variées allant de l’Art nouveau au style oriental en passant par des styles régionalistes.
L’expansion thermale n’en finit plus : 40,000 curistes en 1900 puis 110,000 14 ans plus tard. L’entre-deux-guerres ne parvient pas à couper l’engouement des curistes et des voyageurs : le thermalisme connaît ainsi son heure de gloire dans les années 1930.

Le thermalisme à Vichy, la reine des villes d’eaux, après guerre

La fréquentation dépassera à nouveau les 10,000 visiteurs en 1950 : les curistes et les curieux viennent d’Afrique et de toute la France. Les célébrités se pressent notamment dans les 3 théâtres, les 15 cinémas et les 8 dancings. C’est l’apogée de la petite ville thermale en terme de popularité et de fréquentation.
Les années 1960 vont malheureusement freiner cet engouement : la guerre d’Algérie, suivie de la décolonisation vont mettre à mal les activités de Vichy. Les visiteurs boudent désormais les activités thermales et préfèrent des séjours à la mer ou à la montagne.
Ce n’est que dans les années 90 que Vichy va se transformer à nouveau sous l’impulsion du maire de l’époque, Claude Malhuret. Ce dernier amorce un programme de rénovation et de modernisation de la ville bourbonnaise : création d’un cœur de ville piétonnier, modernisation du secteur hôtelier, reconstruction et rénovation des thermes, réalisation d’un centre de balnéothérapie, mise en valeur du patrimoine architectural, réalisation d’un centre de congrès dans l’ancien casino et restauration de l’opéra.
Désormais, l’ensemble des 6 sources sont centralisées dans le hall des Sources :
  • La source Chomel, du nom du médecin qui l’aménagea en 1750, émerge à 43°C
  • La source Grande Grille est à 39°C
  • La source de l’Hôpital qui jaillit derrière le Casino est à 34°C
  • La source Lucas, du nom du Baron qui l’acheta au XIXe siècle est à 27°C
  • La source du Parc jaillit dans le Parc en 1844 à 23,8°C
  • La source des Célestins qui doit son nom à l’ancien couvent fondé en 1410 est à 22°C
  • La source Dubois qui jaillissait à 11°C n’est plus exploitée
La ville de Vichy est désormais propriétaire de son domaine thermal depuis 2021. En 2023, la ville reste réputée pour ses cures thermales et ses eaux (Vichy Célestins mais aussi Saint Yorre située tout près) sont connues et s’exportent dans le monde entier. Vichy a su se transformer au fil des siècles, ne perdant jamais son attractivité mondiale comme le prouve cette inscription au patrimoine mondial de l’Unesco. Son nom est désormais jumelé à ses « sœurs thermales » dans une liste de villes toutes plus prestigieuses les unes que les autres.
Nous l’avons vu tout à l’heure, le nom de la ville ne donne pas envie de prendre un bain contrairement à ses consœurs. Mais elle a d’autres atouts : Vichy est un nom propre qui a inspiré la création de plusieurs noms communs. Notamment un tissu, un bonbon, une eau minérale et une recette de carottes. Mais ça, vous le saviez déjà, non ?

Crédit photo : Hall des Sources, Vichy par Mboesch, licence CC.