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La chocolaterie Menier à Noisiel : une aventure chocolatière depuis 1825

En cette période de fin d’année, pourquoi ne pas évoquer l’histoire d’une des plus grandes dynasties chocolatières de France ? La chocolaterie Menier à Noisiel, a navigué adroitement du XIXe siècle jusqu’au XXe siècle pour nous faire goûter son chocolat. Je vous propose de devenir incollable en chocolaterie française avant d'aller voir Wonka au cinéma !

Des chiffres pour dessiner les contours de la chocolaterie Menier à Noisiel

  • La chocolaterie Menier est créée 87 ans après la chocolaterie Pailhasson, la plus ancienne maison chocolatière de France.
  • De 50 ouvriers en 1856 on passe à plus de 2 000 en 1874 !
  • L’électricité sera installée à Noisiel dès 1875.
  • La chocolaterie Menier est consacrée plus grande entreprise de production de chocolat au monde en 1893 !
  • En 1900, ils sont environ 2000 ouvriers pour produire 70 tonnes de chocolat par jour !
  • Jusqu’en 1940, 1 Noisélien sur 3 est un chocolat (un habitant qui travaille sur le site de la chocolaterie).
  • Les Menier possédaient plusieurs hectares de plantations de cacaoyers au Nicaragua.

La création de la chocolaterie Menier à Noisiel

L’entreprise Menier a été fondée en 1816 par Jean Antoine Brutus Menier, pharmacien à Paris, dans le quartier du Marais. Il s’agissait d’une entreprise de produits pharmaceutiques (le cacao entre alors dans la composition de certains médicaments). L’installation de l’entreprise à Noisiel, en Seine-et-Marne, se fait en 1825. Le pharmacien désire faire progresser son activité, il décide donc de s’installer dans l’ancien moulin seigneurial de Noisiel qu’il acquiert d’abord par location puis qu’il finit par acheter. Le village compte alors une centaine d’habitants.

Le moulin hydraulique passe par les mains de nombreux architectes au fil des ans dans le but de se conformer à l’essor de l’entreprise. Le quatrième moulin, commandé par Emile-Justin Menier (le fils de Jean) en 1869 est celui que l’on connaît aujourd’hui. Il est l’œuvre de Louis-Jules Saulnier (1817-1881), un architecte disciple de Viollet-le-Duc qui en confie les plans à Armand Moisant, l’ingénieur qui en achèvera la construction en 1872.

Les premières tablettes de chocolat emballées dans le fameux papier jaune sortent de l’usine chocolatière en 1836, ce qui en fait un précurseur de cette époque. Ce n’est pourtant qu’en 1867 qu’ Emile-Justin Menier ne décide de recentrer l’activité familiale que vers le chocolat en abandonnant la partie pharmaceutique. À grands renforts de publicités, les Menier parviennent à imposer leur chocolat à travers la France et même en-dehors de ses frontières ! Avant que la seconde guerre mondiale ne vienne perturber l’essor de l’entreprise...

L'architecture de la chocolaterie Menier

L’architecture métallique de la chocolaterie Menier à Noisiel

Le moulin Saulnier est connu comme le premier bâtiment au monde à arborer une structure métallique apparente en 1871. Il bénéficie naturellement des progrès techniques de son époque, notamment dans le domaine de l’ingénierie des métaux. Cette architecture précurseure lui vaut certainement cette inscription sur la liste indicative de l’Unesco par la France. C’est entre 1860 et 1874 que l’usine Menier prend son aspect actuel, symbolisée par son moulin central.

Le XIXe siècle est connu comme le siècle de la charpente métallique qui vient remplacer la charpente traditionnelle en bois. Les édifices se parent progressivement de cette nouvelle architecture moderne : halles, ponts, gares, passages couverts, magasins…

L’exemple le plus frappant est celui du Crystal Palace de Londres, un édifice construit en 1851 à l’occasion de la première Exposition Universelle, qui popularise nettement l’usage du verre et du fer dans l’architecture. Ces nouveaux procédés de construction sont rapides et donnent des espaces lumineux. Il ne faut donc pas longtemps pour que tous les architectes succombent à son charme.

L’inauguration de la Tour Eiffel en 1889 marque le triomphe de l’architecture en fer.

L’architecte de la chocolaterie Menier s’est donc appuyé sur le fer, la céramique et la brique pour réaliser son ouvrage. Collant ainsi avec la modernité qui accompagnait son époque.

Productivité et hygiénisme riment dans la cité ouvrière Menier à Noisiel

Les Noiseliens ont largement profité de l’essor de l’entreprise Menier puisqu’un ensemble immobilier de maisons ouvrières a vu le jour parallèlement à la chocolaterie. Les effectifs de l’entreprise grandissent, il devient nécessaire pour les Menier de pourvoir aux besoins de leurs ouvriers. Une cité sort donc de terre dans le même siècle que la chocolaterie.

Des maisons typiques du XIXe siècle, en briques et en céramique vitrifiée, voient ainsi le jour à Noisiel, ainsi qu’un groupe scolaire. La famille Menier s’est largement inspirée de modèles de cités ouvrières anglaise mais également françaises. Chaque pavillon mitoyen contient deux logements indépendants d’environ 65m2 avec leur jardin attenant de 300m2. Les maisons d’angles, plus grandes et mieux équipées, sont réservées aux employés et aux ingénieurs. Au total, 311 logements seront construits sur 20 hectares.

L’architecture et le positionnement des pavillons permettent une excellente circulation de l’air et de la lumière, un impératif de ce siècle hygiéniste. L’eau courante n’est pas acheminée vers les maisons mais des bains-douches et des lavoirs sont construits à proximité de l’usine. Un cabinet médical pourvu de deux médecins et d’un pharmacien vient même compléter l’offre de santé.

Une véritable cité industrielle conçue autour de la pièce maîtresse, le Moulin Saulnier

L’ensemble architectural de la chocolaterie de Noisiel s’étend sur un site 14 hectares et n’ouvre ses portes que lors des journées du patrimoine (réalisées chaque année en septembre par certains édifices français privés ou publics). C’est alors l’occasion de découvrir la grande variété de bâtiments classés ou inscrits aux monuments historiques présents sur son site.

Tous les éléments de la production chocolatière se font sur place, au sein des multiples bâtiments, dans le but d’optimiser le rendement au maximum. Du papier pour enrober la tablette jusqu’à la torréfaction du cacao, tous les éléments de la tablette de chocolat sont créés dans les différents bâtiments de la chocolaterie Menier :

  • Le Moulin Saulnier (1865-1872), conçu par Jules Saulnier, fût le premier bâtiment à structure métallique apparente. Il abritait les ateliers de broyage de fèves de cacao.
  • La Ferme du Buisson (1880) construite par Jules-Louis Logre sous la supervision de Jules Saulnier. Une grande halle métallique à remplissage en briques, utilisée à des fins de production laitière.
  • La Halle Eiffel (1882-1884) construite par Jules-Louis Logre, elle aussi en structure métallique, abritait les machines qui conservaient le chocolat à une température de 4°C au sein de 4800m2 de caves.
  • La Verrière (1864-1866) construite par Jules Saulnier. Elle dissimulait l’atelier de torréfaction, les magasins mais également l’atelier de triage des fèves.
  • La Cathédrale (1906-1908) construite par Stephen Sauvestre (un collaborateur de Gustave Eiffel), fût édifiée en béton armé. C’était l’endroit où le sucre et le cacao étaient mélangés pour donner le chocolat.
  • Le Pont Hardi, d’une portée de 44,50 mètres, conçu par Armand Considère, permet de relier la cathédrale aux patios situés de l’autre côté de la Marne.
  • Les Patios (1864-1867) abritaient l'atelier de dressage, de pliage, d'empaquetage et d'expédition. L’un d’eux, face à la cathédrale, construit par Jules-Louis Logre entre 1907 et 1913, faisait office d’atelier d’emballage et pouvait accueillir environ 800 ouvriers.
  • La Confiserie (1919-1923), édifiée par Jules-Louis et Jules Logre, était le lieu des confections de bonbons.
  • La Colonnade (1880-1887), construite par Duchêne, fut un agrandissement des magasins de cacao et de sucres.
  • Les Nefs (1885-1886) construites par Jules-Louis et Jules Logre étaient dédiées aux métaux et aux bois. Cet atelier était d’ailleurs traversé par la ligne ferroviaire spéciale entre Emerainville et Noisiel.
  • L’Arcade (1889-1890), toujours par Jules-Louis et Jules Logre, était une écurie qui servait de remise pour les voitures.
La chocolaterie Menier, inscrite sur la liste indicative du patrimoine mondial de l'Unesco

L’inscription de la chocolaterie Menier sur la liste indicative du patrimoine de l’Unesco

La chocolaterie est un bâtiment historique qui voudrait s’inscrire sur la prestigieuse liste du Patrimoine mondial de l’Unesco en tant que patrimoine culturel. Son architecte, Louis Jules Saulnier, reste connu comme le premier architecte à avoir conçu une structure de façade métallique porteuse en 1872. Son bâtiment phare, le moulin Saulnier, est reconnaissable à cette structure métallique apparente dans laquelle viennent s’insérer des briques vernissées et de la céramique colorée.

Le moulin Menier est partiellement inscrit aux monuments historiques en 1986 puis classé en 1992. Il est finalement inscrit totalement en 2021. La chocolaterie Menier est inscrite depuis 2002 sur la liste indicative de l’Unesco, en vue d'obtenir un statut sur la liste du patrimoine mondial. Elle cohabite dans une liste d’attente avec 36 autres biens français. Voici une partie du texte de référence publié sur le site de l’Unesco en vue de son inscription future.

Le texte de présentation de la chocolaterie à la liste indicative de l'Unesco :

Reposant sur quatre piles de pierre fondées dons le lit du fleuve, l'usine bâtie sur des piliers métalliques creux de section carrée présente toute une ossature métallique apparente où se dessinent en façade des renforts diagonaux. Le remplissage fut réalisé par des briques creuses, certaines vernissées formant des éléments décoratifs multicolores disposés en treillis et ornés de fleurs de cacaoyer.

Ce parti d'une grande innovation technique fera l'objet de publications tant en France qu'à l'étranger. A côté de cette construction de Saulnier, l'élément le plus significatif de ce témoin capital dans I'histoire de I'architecture industrielle que constitue l'usine Menier, iI convient de citer un autre bâtiment, conçu et réalisé par Gustave Eiffel et son architecte Stephen Sauvestre pour I'Exposition Universelle de Paris en 1898 puis "remonté" à Noisiel de 1882 à 1884 et équipé pour le refroidissement du chocolat.

Sur l'ìle, un bâtiment de plan quadrangulaire avec des façades planes scandées de piliers métalliques entre lesquels s'insèrent des murs de briques polychromes, percés de grandes verrières, a souvent reçu l'appellation de "cathédrale". Est à considérer également un pont mis en place pour couvrir une distance de près de 45 mètres pour rejoindre la cathédrale à l'autre rive de la Marne. C'est le projet de Considére et Sauvestre qui fut retenu reprenant le dessin d'Eiffel mais transformant le pont métallique en béton fretté, utilisant le même principe de suspension inversée avec une portée record de 44,50 mètres.