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Secteur 9

Mais qu’est-ce que c’est que ça ? D’où les corps viennent-ils ? Et qui sont tous ces gens ?
- Diane
‒ Aucune idée. Mais maintenant, on sait pourquoi le secteur a été interdit d’accès, répondit Iban en secouant la tête et en détournant le regard de la montagnes de squelettes et de corps.
Pio, la bouche encore pleine de bananes, peina à avaler sa dernière bouchée sans s’étouffer. Le choc de la révélation pouvait se lire sur leurs trois visages déconfits. Les rouages dans leurs cerveaux s’étaient aussitôt mis en fonctionnement et ils ne cessaient de s’interroger sur le pourquoi et le comment d’une telle opération.
‒ Mais, si le conseil de l’île a interdit l’accès à ce secteur, ça veut dire qu’ils savent ce qui se passe ici non ? Cela fait donc d’eux des complices de ce massacre. On vit avec des tueurs depuis des dizaines de lunes, c’est ça la réalité ? demanda Pio le visage déformé par la douleur.
‒ La taille de cette montagne de… corps m’inquiète beaucoup car ça veut dire que les personnes qui font ça le font depuis des dizaines, voire même des centaines de lunes ! ajouta soudain Iban.
‒ J’ai bien peur que beaucoup de nos questions ne trouvent pas de réponses immédiates, malheureusement, conclut Diane en détournant elle aussi son regard de la montagne funèbre.
Iban, voyant la douleur de sa compagne à la vue de tous ces cadavres, la prit dans ses bras.
‒ Nous devrions retourner au village et dire à Léandro que nous n’avons pas pu accéder au secteur car le canyon d’accès était inondé.
‒ Et continuer de vivre notre petite vie comme si de rien n’était ? demanda ironiquement Pio à son frère. Comment pourrait-on oublier ce qu’on a vu ici ? Tu en seras capable ?
‒ Je ne dis pas d’oublier, simplement de le garder pour nous. Qui sait ce que ces gens sont capables de faire pour garder un secret comme celui-là ? ajouta Iban en regardant son frère. Les corps au sommet de la montagne sont plus récents, cela veut donc dire que ce massacre continue d’avoir lieu régulièrement. Je n’ai pas envie de venir augmenter la taille de cet amas de chair. Nous ferions mieux de rentrer tout de suite au village.
L’indécision se lisait sur le visage de Pio. Le jeune homme n’avait pas fait tout ce chemin pour arrêter son enquête ici. Il voulait en savoir plus et cette découverte macabre n’avait fait qu’attiser sa curiosité à l’encontre du secteur interdit.
‒ Je vais voir si je trouve le corps de papa, déclara-t-il soudainement à ses deux compagnons en se dirigeant vers la colline funeste.
‒ Pio, non ! Ne fais pas ça ! L’odeur dégagée par l’empilement de corps depuis toutes ces lunes doit être insupportable et il doit y avoir des tas de charognards qui traînent là-bas, c’est trop dangereux !
Le jeune homme avait bien pensé à l’odeur mais pas aux charognards. La mise en garde de son frère le stoppa net dans sa marche. Il n’avait que son couteau de pêche sur lui pour se défendre, ce qui serait certainement insuffisant contre des porgondins ou des vautours affamés. Le jeune homme réfléchit, puis se retourna vers le jeune couple.
‒ Tu as raison frérot, ce n’est pas très prudent d’aller là-bas. Mais je ne renonce pas pour autant à découvrir ce qui se passe ici. Notre oncle
Les mots du jeune homme se firent engloutir par l’arrivée d’une masse d’ombre planant au-dessus d’eux. Les trois amis se mirent à couvert, d’instinct, pressentant que l’arrivée de ce vaisseau coïncidait avec la leur. Les connexions s’établirent très rapidement dans leurs esprits et ils relièrent évidemment leur propre arrivée dans ce lieu à l’apparition de ce zeppelin.
C’est moi où le hasard est beaucoup trop gros ?
- Pio
La masse immense du zeppelin couvrait quasiment l’entièreté de l’ouverture béante située au-dessus du cenote ce qui changea immédiatement l’atmosphère du lieu. Le soleil disparut presque entièrement, caché par le corps du vaisseau volant. La pénombre s’invita dans la caverne tout comme l’inquiétude et la peur s’insinuaient dans les esprits des trois îliens. Soudain, une trappe s’ouvrit sur le ventre de l’appareil et six soldats en sortirent, descendant en rappel le long de plusieurs cordes. Simultanément, une équipe de six autres soldats apparut près de l’endroit où les trois amis se trouvaient un peu plus tôt. Ces derniers se tapirent encore un peu plus dans la végétation dense et humide, espérant que le manque de clarté et la densité de la végétation suffiraient à les dissimuler aux yeux des combattants aélions. La voix de l’un des soldats résonna soudain dans la cavité :
‒ Nous sommes arrivés sur la zone, il ne semble pas y avoir de traces récentes Commandant. Nous entamons une recherche plus approfondie. Terminé.
Les trois amis se regardèrent et échangèrent des regards inquiets. Ces soldats semblaient bien être sur leurs traces. Ils ne leur restaient plus qu’une seule option possible : rebrousser chemin le plus vite possible avant que le boyau par lequel ils étaient arrivés soit hors d’atteinte. Ils comprirent qu’ils avaient pensé à la même idée et commencèrent à ramper dans la végétation épaisse, s’enduisant le corps de boue pour se fondre encore davantage dans le tissu végétal environnant. La boue colla aisément à leurs corps humides et ils se transformèrent rapidement en fantômes indétectables. Les Aélions patrouillaient désormais toute la zone, cherchant la moindre trace d’activité.
‒ Caporal regardez ! La peau n’a pas encore noircie, c’est tout frais.
L’un des soldats aélions tenait entre ses mains deux peaux de banane fraîchement épluchées.
‒ Soit il y a des animaux gloutons, soit on tient nos curieux. Continuez de chercher, ils ne doivent pas être bien loin…
Urbex23Secteur9-4
Les trois jeunes habitants de l’île avaient suffisamment progressé pour entrevoir leur porte de sortie : l’étendue d’eau était désormais à portée de main, il ne leur restait plus qu’à franchir quelques rochers et ils pourraient glisser dans l’eau sans être repérés. Diane s’aventura la première sur la zone découverte en continuant à ramper. Proche du sol et recouverte de boue comme elle l’était, elle se confondait presque avec l’environnement sur lequel elle évoluait. Un soldat aélion, regardant pourtant dans sa direction, ne sembla pas la distinguer parmi les rochers. Voyant que cette technique fonctionnait, Pio la suivit sans attendre en copiant ses gestes lents. Iban resta en retrait, à l’abri de la végétation, en attendant que son frère et sa compagne aient rejoint l’eau. Il ne leur restait plus qu’un ou deux mètres à parcourir et ils seraient temporairement à l’abri.
Diane atteignit la masse d’eau et se laissa glisser doucement sous la surface après avoir jeté un œil en arrière et prit suffisamment d’air pour retraverser le canyon en sens inverse, cette fois-ci, dans le sens du courant.
Pio l’imita quelques secondes plus tard en parvenant, lui aussi, jusqu’à l’étendue d’eau bleue transparente. Comme Diane il se retourna sur le dos en atteignant l’eau, à la fois pour prendre de l’air avant sa plongée, mais aussi pour regarder où était son frère. Ce qu’il vit alors le glaça d’effroi : un soldat venait de surprendre son frère avant qu’il ait pu entamer sa progression sur les rochers. L’Aélion le maintenait fermement au sol, l’empêchant de bouger. Iban fit un léger signe de tête à son frère, lui indiquant de partir et de retraverser le canyon pour sauver sa peau. Pio se laissa dériver sur le dos un moment, regardant son frère se faire téléporter par deux soldats vers le zeppelin. Impuissant, il se laissa couler au fond de l’eau et rejoignit le canyon qu’avait emprunté Diane quelques minutes auparavant. En quelques secondes, l’onde à la surface de l’eau s’évanouit, conférant aux deux fuyards une évasion parfaite.
Urbex23-Secteur9

[2276 – Z3 – salle de téléportation]

Iban expérimentait la téléportation pour la première fois de sa vie. La sensation d’être à deux endroits différents dans la même seconde le déstabilisa davantage que le contraste terrible entre l’intérieur humide et chaud du cenote et la salle sèche et froide du zeppelin aélion.
‒ Bienvenue sur le Z3 jeune îlien. Tu viens malheureusement d’apprendre à tes dépens qu’une curiosité mal utilisée est un vilain défaut. J’espère malgré tout que tu apprécieras ton séjour parmi nous, l’accueillit le Commandant Alkiel d’un ton détaché. Conduisez-le rapidement à Bélios, je crois qu’il est impatient de commencer ses recherches.
Les deux soldats lui obéirent et le traînèrent hors de la salle de téléportation en le dirigeant dans un couloir métallique immense : le zinconi et l’obsidium étaient présents partout, en revêtement, en armature, sur le fuselage interne de l’appareil… Jamais Iban n’avait connu une sensation de froid comme celle-ci. Toujours mouillé, pieds nus et recouvert de boue, le jeune homme grelottait désormais de tous ses membres. Cette sensation glaciale était en train de traverser sa peau et de s’insinuer dans chacun de ses muscles et de ses os ce qui le rendait inapte à réfléchir et à agir. Á ce moment-là, il se demanda seulement combien de temps il lui restait à vivre. Son transfèrement à l’intérieur du zeppelin ne dura que quelques minutes, les deux soldats le traînant sans ménagement à travers les coursives austères du vaisseau sans lui laisser le temps de se remettre sur ses pieds.

[2276 – Z3 – salle n°2 : anthropologie]

Lorsque les trois hommes arrivèrent dans le laboratoire d’étude de Bélios, ce dernier était en train de remettre un spécimen d’étude en stase dans une sorte d’armoire-prison murale. Les deux murs latéraux de l’immense laboratoire contenait environ une soixantaine de caissons de stase identiques, pratiquement tous remplis. Iban écarquilla les yeux en voyant tous ces humains pris au piège et incapables de s’enfuir : certains étaient conscients et le regardaient, d’autres étaient évanouis et maintenus en place grâce à des ceintures. Des poches contenant des liquides tous plus suspects les uns que les autres pendaient parfois dans certains caissons, fixées au bras du pensionnaire terrien qui l’habitait.
Iban ne tarda pas à réaliser que c’était le sort qui l’attendait dans les prochaines minutes s’il ne tentait rien. La vue de la jeune femme sans défense remise au placard sans montrer aucune opposition le fit réagir et il prit conscience que c’était certainement sa dernière chance d’agir. Tout son corps s’arc-bouta contre l’un des gardes et il tenta de se soustraire à leur prise pour fuir. Les deux soldats, surpris par la manœuvre soudaine, n’eurent pas d’autre choix que de laisser glisser les bras du prisonnier couverts de boue et humides. Iban, bien plus souple et agile que ses deux tortionnaires, réussit à rouler hors d’atteinte des deux gardes et à leur fausser compagnie en quelques secondes. Bélios, voyant le manège du jeune homme, s’approcha du trio et dégaina une sorte de pistolet qu’il braqua sans ménagement sur les trois hommes. Il tira sans sommation une cartouche électrique qui frappa directement le jeune homme au milieu du dos. La réaction physique fut violente et il s’écroula au sol, parcouru de décharges sur tout le corps. Les deux soldats, surpris de l’initiative du scientifique se dégagèrent de la zone pour ne pas être atteint par le courant électrique qui agitait le corps du jeune homme.
‒ Je n’ai plus besoin de vous à partir de là, leur signala Bélios en les congédiant nonchalamment d’un mouvement de la main.
Ses petites lunettes rondes étaient désormais tournées vers son futur sujet d’étude terrien : un jeune îlien fraîchement prélevé dans son habitat naturel. De quoi l’occuper paisiblement pour les prochaines lunes à venir.
Félicitations !
Vous êtes arrivé au terme de l'aventure Urbex 23... pour le moment.
Je vous donne rendez-vous très bientôt pour de nouvelles explorations dans cet univers !
N'hésitez pas à me laisser un message : quel arc narratif vous a le plus intrigué ? Quel personnage aimeriez-vous revoir ? Quelle histoire voudriez-vous que je développe ? C'est à vous de co-construire la suite !
- Marion
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